9.4.07

Géopolitique de la corruption en Russie (2e partie)

II. La corruption en Russie, un phénomène systémique

La corruption en Russie est actuellement en pleine recrudescence et nous sommes aujourd’hui face à une société qui se cleptocratise. Le phénomène des trois C c’est à dire corruption, criminalisation et cleptocratie est au cœur de la période historique actuelle. On peut dés lors parler de corruption systémique dans la mesure ou celle-ci est omniprésente et a remplacé l’ancien système, jouant ainsi un rôle compensateur. L’expansion des trois C allant en effet de pair avec l’effondrement de l’Etat, l’absence de marché et de société civile digne de ce nom. La corruption forme en Russie un système structurel précis qui gangrène toute la société russe et bloque ainsi les autres formes de développement.
La corruption étant devenue pour ainsi dire quasiment une règle du jeu dans le fonctionnement et l’organisation de la vie politique, institutionnelle, économique et sociale, il s’agit d’étudier comment celle-ci s’organise et se diffuse au sein de la société russe, d’en comprendre les mécanismes et les enjeux qu’elle recouvre.

Il faut tout d’abord souligner le fait que la corruption s’est instillée au sein de la société russe il y a bien longtemps et que le réseau qu’elle représente aujourd’hui s’est amplifié et est devenu considérable. Toutes le strates de la société russe allant des hauts dirigeants politiques aux simples paysans ou citoyens en passant par les fonctionnaires ont été mêlés au moins une fois dans leur vie à une affaire de corruption.

Il existe plusieurs formes de corruption dont deux principales : la corruption dite « majeure » qui concerne des sommes considérables et implique en général des dirigeants des secteurs publics et privés et la corruption dite « mineure » qui suppose le versement de petites sommes, souvent des paiements de facilitation ou ce qu’il convient d’appeler « frais d’utilisation » : ce sont de petites sommes versées à des fonctionnaires de rang inférieur en vue de hâter l’exécution d’un acte faisant partie de leurs fonctions officielles, notamment la délivrance d’une licence, d’un permis, le dédouanement de biens… La corruption dite « mineure » ou corruption à la base est dangereuse car elle ouvre la voie à la corruption dite « majeure » ou verticale. Elle concerne tous les domaines où le simple citoyen est confronté à la puissance publique et ceux où l’Etat estime nécessaire d’intervenir, c'est-à-dire le logement et les services communaux, le fisc et les douanes et les services répressifs, notamment la police. En 1993 24% des russes estimaient qu’on pouvait acheter la police quel que soit le délit commis contre 35% en 1996. Il est ici intéressant de voir que les principes moraux des russes sont assez différents des nôtres. C’est en effet que la corruption est une partie intégrante de leur vie, et en tant que pratique quotidienne, elle a été admise ; par ailleurs, si les russes la condamnent unanimement du point de vue de la morale ils s’accordent en même temps sur le fait qu’elle est devenue une façon de survivre pour certains et pour d’autres le moyens de résoudre leurs problèmes vitaux. Le recours aux pots de vin (argent versé en échange d’un avantage) est devenu le quotidien de la quasi-totalité des citoyens russes et ceux qui en pâtissent le plus sont les populations les plus pauvres.

De plus, il y a un véritable problème d’éthique de la fonction publique. Les magistrats et fonctionnaires estiment que travailler dans l’administration est intéressant parce que cela permet d’obtenir des privilèges permettant de satisfaire des intérêts privés. A titre d’exemple, 15% des fonctionnaires occupant des emplois supérieurs dans la grille hiérarchique seulement estiment qu’il est important d’avoir des principes, d’être honnête et incorruptible dans l’exercice de leur fonction, contre 15,6% chez ceux occupant des emplois principaux, 18 ,3% des emplois de direction et 13,5% des emplois qualifiés. La dévalorisation des normes morales constitue deux principales menaces pour la société : cela a tout d’abord un effet déstructurant tant sur le monde des affaires et du droit que sur la société mais cela nuit à la compétence de l’appareil d’Etat dont toutes les valeurs morales peuvent alors être mises en doute.

Le système judiciaire russe se trouve précisément au cœur du problème : alors que les phénomènes de détournement de fonds augmentent, le nombre d’affaires jugées a diminué. On compte une condamnation pour onze délits enregistrés, une condamnation pour 15 abus de pouvoir, pour 13 détournements de fonds et pour 5 affaires de pots de vin. Entre les pratiques de la corruption et leur recensement dans la statistique officielle, entre les faits constatés et les condamnations, il y a tout un monde. D’autant plus que l’appareil judiciaire protège les hauts dirigeants et que certaines personnes sont donc inatteignables.

Et si les organes politiques et le gouvernement condamnent la corruption, ce n’est qu’une façade car ils se basent sur ce principe même a fin de mener à bien leurs actions et servir leurs propres intérêts : financements illicites, élimination de candidats gênants ou de l’opposition, influence de groupes de pression et autres lobbies sont en effet monnaie courante.

La Russie semble aujourd’hui face à un défi colossal à relever à savoir la lutte contre la corruption qui impliquerait une réforme de la société et des institutions. Comment alors peut-on envisager d’enrayer un tel phénomène ?

Cyril LAUMONIER
Matthieu MESSANT
Céline ROUAUD
Héloïse ROUQUETTE
Dieynaba SY

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1 commentaires:

À 12:19 PM , Anonymous Anonyme a dit...

Excellent travail.

 

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